Je me suis inscrite sur un site qui propose des exercices d'écriture. A la demande du modérateur de ce site j’ai écrit un petit poème, et un texte sur la gourmandise.

J’ai pris plaisir à écrire ces textes là, et j’ai senti les portes de ma mémoires s’ouvrir pour me présenter quelques émotions que j’avais gardées enfouies.

Je repense au petit bébé que j’ai du être. Il parait que j’étais un bébé adorable qui ne pleurait pas souvent et qui dormait beaucoup. Ma mère m’a même dit que tellement je dormais, j’avais l’arriere du crane sans cheveux.

J’ai peu de souvenirs de mes premières années, sauf un, à la maternelle. Maman m’avait accompagné jusque dans la cours. Sans doute parce que je lui avais fait part d’une crainte. Ce jour là en rentrant dans cet espace qui représentait pour moi l’insécurité, une foule d’enfants m’assaillit, ils déversèrent sur moi toute leur agressivité.

Je fus terrifiée. Je ne sais pas ce qui c’est passé ensuite, je ne me souviens pas si je suis restée à l’école, ou si je suis retournée à la maison, mais l’image de cette cohorte de bambins agressifs est restée à jamais gravée en moi. J’ai du comprendre ce jour là que le monde était cruel.

Je n’ai plus d’autres souvenirs jusqu’au jour de la naissance de mon frère, j’avais cinq ans. Ce jour là j’avais été amenée chez un oncle boulanger. L’odeur des croissants, tiens ! Encore un souvenir de gourmandise, habituellement captait mon attention et me faisait apprécier cette visite. Mais cette fois là, j’ai, je pense, du ressentir le premier sentiment d’abandon. J’ai passé la journée à pleurer sous la table. Inconsolable, j’ai pris conscience que parfois on est seul, et que rien n’apaise nos souffrances.

J’ai une aussi une grande sœur. J’ai eu envers elle une jalousie extrême. Un beau matin à mon levé j’ai surpris une conversation entre elle et ma mère. Toutes deux se turent dès mon arrivée. J’ai senti alors le premier sentiment de rejet, d’exclusion. Je crois que c’est ce sentiment que j’ai du apprendre à combattre le plus fortement tout au long de ma vie. Je ne crois pas y être arrivée vraiment, mais je parviens toutefois à le modérer et me raisonner.

Jusqu’à l’adolescence je n’ai pas de souvenir d’ancrage d’émotion comme celles que je viens de décrire. Heureusement j’ai des souvenirs heureux, de jeux surtout. J’étais très joueuse, je le suis restée d’ailleurs. Ma petite enfance et peuplée de jeudis partagés avec mes voisins. Je n’ai eu presque que des amitiés masculines. Peu de filles vivaient près de chez moi, et de plus je ne m’entendais pas très bien avec elles. Je préférais la différence, ou plutôt me sentir différente. Donc le plaisir de jouer avec des enfants du sexe opposé était plus fort pour moi. Depuis ce temps de l’enfance, je n’ai guère changée sur ce plan. En général je m’entends mieux avec les hommes qu’avec les femmes. Bien souvent pour plaisanter, je dis que je suis machiste. C’est sans doute un peu vrai. Je pense aussi que cela tient au fait que ma mère était plutôt une femme « forte » autoritaire, qui criait souvent. Mon père était plutôt l’inverse. Il avait été orphelin de mère à l’age de treize ans. Il avait trouvé chez sa femme, cette mère qui lui avait manqué. Il était timide, réservé. Peu démonstratif de tendresse. Pour moi ses yeux parlaient beaucoup plus que ses gestes. J’y puisais la chaleur que je ne trouvais pas dans les yeux de ma mère.

J’ai souvent partagé des moments avec lui. Son métier de mécanicien lui donnait l’occasion d’avoir souvent les voitures des voisins ou de la famille à réparer. Il les réparait dans notre jardin. Je venais près de lui et le regardait faire. J’aimais l’odeur de la graisse, de l’essence, et voir ses mains noires ne me repoussait pas. Au contraire. Parfois il me proposait de roder les soupapes. Je l’admirai. Je regardais toutes ses pièces de moteur étalées sur un grand chiffon et je me demandais comment il pouvait faire pour retrouver à chacune la place qui lui convenait. Quand son travail était fini, j’écoutais avec extase le ronronnement du moteur. Je n’ai compris que plus tard que malgré mon aide modeste je n’étais pour rien dans le fait que le moteur soit ensuite en état de marche. À l’époque je pensais y avoir contribué, et j’en étais fière. Je sais aujourd’hui détecter le moindre problème mécanique de ma voiture. Je garde de ses moments un souvenir exquis, une complicité entre nous. J’aimais mon père, et bien qu’il ne soit plus de ce monde aujourd’hui, il vit encore dans mon cœur. Sa mort fut lente, il est mort dans mes bras. Je raconterai sans doute un jour ce moment que je n’ai pas vécu comme douloureux, mais apaisant pour lui et réconfortant pour moi. Il m’a offert son dernier regard, je le garde précieusement, comme son ultime cadeau. J’y pense aujourd’hui avec une certaine tristesse, mais aussi avec tendresse. Je n’ai pu lui dire « je t’aime », je l’ai regretté longtemps. Je ne l’ai pas exprimé verbalement, mais ma main soutenant la sienne lui a transmit cet amour. Il l’a reçu, c’est sur.

Le rapport que j’ai eu avec ma mère était bien différent. Le complexe d’oedipe y est sans doute pour quelque chose, mais pas seulement cela. Elle était froide, distante. Du moins je la percevais comme cela. Pourtant elle participait à organiser nos petites fêtes entre copains, mais elle ne me touchait jamais, ne m’embrassait pas. Je ressentais comme un écran invisible qui interdisait d’aller plus loin. Je l’ai vu longtemps comme insensible. Le temps m’a permis de mieux la comprendre, de mieux la connaître. Aujourd’hui je ne lui en veux plus. Je crois même que je commence à l’aimer. Oui c’est sans doute dur, mais je n’ai pas au la sensation de l’aimer avant. Je la respectais, mais quelque part je la craignais.

Je pense que la relation que j’ai eue avec mes parents a dicté ma conduite d’adulte. J’ai mi longtemps à comprendre bien des choses. Les moments difficiles de ma vie m’ont poussé à analyser mes mécanismes et mes comportements. Je sais aujourd’hui que j’ai grandi et c’est pour ça que je peux entreprendre cette écriture. Ce que j’écrirai sera plus vrai, plus juste.