Oui mais comment s'exprimer "bien" ? Tout le monde s'exprime non ! Alors que veut dire s'exprimer ? Comment s'épanouit on en s'exprimant ?

Bon je vais essayer d'être le plus explicite possible tout en étant concise pour ne pas vous donner trop de lecture. En fait s'exprimer pour s'épanouir est en relation directe avec la résolution du transfert et la recherche de la satisfaction de nos besoins.

Premièrement dans le transfert, lorsqu'on a pris conscience de celui-ci il est important de s'attacher à corriger nos attitudes que l'on répète souvent depuis l'enfance. La résolution du transfert est un travail d'expression. C'est grâce à une expression authentique que nous y arrivons.

Le comportement répétitif que l'on adopte lors du transfert sert à obtenir une réponse à notre besoin que, selon nous, l'autre devrait satisfaire. La frustration qui en découle si la réponse n'est pas reçue engendre des conflits qui débouchent sur des impasses, des blocages, des ruptures.

La résolution du transfert exige le remplacement des comportements acquis, par un vrai contact au lieu d'une expression détournée. Il est essentiel que nous devenions expressifs de notre besoin réel.

Il ne faut pas confondre "faire une demande" et "exprimer un besoin".

-   J'aimerais que tu ais plus d'attentions envers moi.

Cette phrase n'exprime pas le besoin (d'amour) que les attentions devraient combler.

Explication : Demander de l'attention exprime quelque part de la frustration (on sent un manque et on n'exprime pas réellement ce manque.)

La véritable expression du besoin serait celle-ci :

-   J'ai besoin de tendresse en ce moment, veux-tu me prendre dans tes bras.

Dans cet exemple on notera que la première façon de s'exprimer ne révèle pas le vrai besoin, (tendresse, amour). On est presque dans le reproche :

-J'aimerais que tu ais plus d'attentions envers moi.

Revient à dire : Tu ne fais pas assez attention à moi. (On exprime sa frustration sous une forme masquée.)

On réclame quelque chose plutôt que de révéler le besoin. Exprimer son besoin c'est en quelque sorte se montrer vulnérable, (on peut essuyer un refus).

Cependant c'est le risque à prendre pour arriver à avoir le réflexe de ne pas masquer ses besoins. Pour perdre l'habitude de rendre l'autre responsable de combler nos besoins.

C'est la façon de prendre son besoin en charge, éviter les non dits.

- J'ai besoin d'attentions. N'est pas une phrase explicite, elle sous entends, "j'ai besoin que tu devines quand j'ai besoin de tendresse." "Tu ne m'en donnes pas assez".

Lorsqu'on a pris conscience de son transfert il est possible de travailler à le résoudre.

Le premier pas dans cette démarche consiste à découvrir quels sont les besoins en cause et à les accepter. Alors pour être claire et ne pas me perdre dans des explications compliquées, je pense que le plus simple est encore l'exemple.

Voici donc une petite histoire.

Joëlle à une sœur. Quand elle était petite il lui est arrivé de penser que sa mère préférait sa sœur. Surtout depuis qu'un matin après s'être levée, elle à entendu sa sœur et sa mère en pleine conversation dans la cuisine. Au moment où elle entre dans la cuisine les deux se taisent. Joëlle se sent comme une intruse. On ne l'invite pas à la conversation elle ressent un rejet, et un manque d'attention. Cet événement confirme sa pensée, sa mère et sa sœur sons complices et elle ne partage pas cette complicité avec sa mère. Cela renforce sa jalousie.

Plus tard, Joëlle est mariée, heureuse, mais lorsqu'elle a une fille, ça se complique.

Joëlle constate que son besoin d'attention, de tendresse, de démonstration de la part de son mari est très important, presque vital, pour elle. (C'est comme ça qu'elle sent qu'elle a de la valeur, qu'elle se sent reconnue, appréciée.) Elle veut absolument qu'il l'aime, qu'il lui dise, qu'il lui montre. Joëlle prends conscience qu'elle jalouse l'attention que son mari porte à leur fille (Avant d'en prendre conscience elle pensait seulement que son mari n'était plus assez affectueux, amoureux.)

Malgré sa découverte, elle a du mal à accepter son besoin d'être chouchoutée". Elle a la sensation que son mari à reporté son attention envers sa fille et qu'elle est au second plan. (Comme avec sa mère face à sa sœur). Elle craint que la révélation de ses ressentis et de son besoin soit vue par son mari comme une attitude infantile.

Cependant elle décide de se prendre en charge et de prendre la responsabilité de combler ses besoins. C'est justement en faisant connaître à son mari la présence de son transfert que Joëlle décide de briser le cercle vicieux.

Joëlle décide d'être plus attentive aux émotions qu'elle éprouve lorsqu'elle trouve que son mari partage une complicité avec sa fille.

Elle avait l'habitude d'ignorer son ressenti, ses émotions. "Il n'est pas normal d'être jalouse de l'attention qu'il porte à ma fille... après tout elle est jeune et elle en a davantage besoin que moi." se disait-elle auparavant. Mais Toutefois elle se montrait froide avec Michel une fois sa conversation avec leur fille terminée. (Sa frustration l'envahissait.)

Cette fois-ci elle lui avoue ce qu'elle ressent :

- "Je suis jalouse de la patience que tu as envers Lisa. Ça me rend furieuse de voir que tu as tout le temps pour elle alors que tu ne m'as pas accordé de temps à midi lorsque j'ai tenté de te parler de moi !

-J'ai l'impression de ne pas t'importer, ça me frustre et me rend triste, ou provoque ma colère"

-"Je sais que je suis un peu injuste. Tu es souvent disponible. Mais je n'y peux rien, c'est ce que je ressens. Je t'en veux comme j'en voulais à ma mère d'être toujours là pour ma sœur.

-C'est pas facile pour moi de dire ça, mais ça me fait du bien de te dire ce que je n'ai jamais eu le courage d'exprimer. Je suis souvent jalouse aussi des autres personnes qui prennent de la place dans ta vie."

Joëlle exprime cette fois ce qu'elle éprouve tel qu'elle le vit. Elle fait maintenant, avec Michel, ce qu'elle n'avait jamais fait, petite avec sa mère. Elle éprouve une certaine satisfaction à le faire. Le plaisir de s'occuper d'un vécu très important pour elle. Elle est en contact avec elle-même et totalement vraie avec son mari... Elle pourrait aussi dire la même chose à sa mère (que ce soit en personne ou en l'imagination). C'est en étant attentive à ce qu'elle ressent qu'elle peut vérifier si en parler à présent avec sa mère serait bénéfique pour elle.

Joëlle pleurait parfois en faisant l'amour avec son mari. Lorsqu'il lui demandait pourquoi elle répondait que c'était le plaisir. Maintenant elle ose lui avouer la vraie raison de son émotion : Elle est bouleversée de se sentir autant aimée !

Cette révélation lui procure une certaine plénitude et le rapprochement avec son mari qui s'ensuit est un moment de bonheur inattendu. (Ça l'encouragera à parler ainsi les autres fois). Ce n'est pas la seule chose qui l'encourage à continuer. Elle avait bien conscience d'avoir été jalouse de sa sœur, mais à présent elle prend vraiment conscience qu'elle a reporté cette jalousie sur sa fille et cette révélation l'incite à vouloir abandonner cette jalousie qui n'a pas de sens.

Après l'expression de notre ressenti il arrive parfois de ressentir nouvelle émotion, un nouveau besoin. Ici, Joëlle souhaiterait que son mari la prenne dans ses bras, comme si elle était une enfant. Elle repousse cette idée en se disant qu'il n'est pas sa mère, qu'il va se moquer d'elle...

Au fond d'elle, elle souhaite qu'il le fasse mais bien qu'il l'écoute attentivement, il ne le fait pas !

Elle lui en veut et se ferme, elle prend une certaine distance, (encore dictée par la frustration.)

Si elle osait une autre expression voici ce que Joëlle pourrait dire au lieu de bouder.

-"Sans te le dire je souhaitais que tu me prennes dans tes bras. Que tu acceptes que je me comporte ainsi (comme une petite fille jalouse) et cela m'aurait rassurée. Je t'en veux de ne pas y avoir pensé !"

Joëlle voudrait voir son besoin comblé en évitant les efforts. Elle croit que si son mari faisait les premiers pas elle se sentirait comprise. En réalité, son mari la comprends et lui dit, mais ce ne sont pas les paroles qu'elle attend, c'est le contact physique...

Pour que Joëlle réussisse sa résolution du transfert il est souhaitable que son mari ne devine pas son attente. En effet s'il le faisait il la priverait de l'opportunité de s'exprimer réellement, d'être authentique, de prendre le risque d'exprimer son besoin et de constater le bénéfice de son expression. Même s'il est très important pour Joëlle d'être prise dans les bras de sa "mère substitute", il est encore plus important qu'elle assume vraiment ce besoin. C'est le fait d'assumer son besoin plus que de recevoir l'affection désirée qui lui permettra de faire un pas vers sa liberté d'expression.

Frustrée, Joëlle tente de s'exprimer à nouveau mais ne peut s'empêcher pas de s'exprimer d'une manière détournée :

-Je souhaiterais que tu sois plus attentif à moi, que tu me réconfortes quand je suis mal, triste, anxieuse. Que tu me manifestes plus d'attentions. (Au lieu de lui dire simplement qu'elle a envie d'être prise dans ses bras).

Joëlle pense qu'elle s'est exprimée donc qu'elle a pris la responsabilité de son besoin.

En réalité, Elle renvoie (encore) à Michel la responsabilité d'identifier ses besoins et d'y répondre. Michel peut bien accepter de faire un effort, se conformer à un tel ordre, ou alors refuser. Mais en fait cela ne changera rien, parce que Michel ne peut ressentir ce que ressent Joëlle à chaque instants, il y aura donc forcement des moments ou il ne percevra pas ce qu'attend Joëlle.

C'est à Joëlle d'être attentive à son ressenti et l'exprimer à Michel. Joëlle devra accepter que ses attentes doivent être claires et pas implicites à chaque fois qu'un besoin émerge.

Joëlle continue, à suivre son expérience, Elle est plus attentive à ses émotions et reconnaît plus facilement ses réactions. Elle prend plus souvent le risque d'être expressive. En général elle est satisfaite de ce qu'elle expérimente. Elle est fière d'elle et heureuse de la découverte que chaque expérience lui apporte. Chacune de ces découvertes alimente sa volonté d'être plus vraie. 

C'est ainsi que la résolution du transfert devient un peu comme une démarche permanente. Chaque pas réussi l'encourage à continuer et l'expression ouvertement assumée devient presque une nouvelle façon d'être. Il arrive dans ce processus de résolution qu'on constate un retour des résistances mais chaque étape va un peu plus loin que la précédente et mène vers plus d'authenticité. Le succès repose sur la qualité de l'expression et non sur l'obtention d'une réponse satisfaisante à notre besoin. C'est pour cette raison que nous devons absolument demeurer responsables de notre démarche.

Exprimer nos besoins d'une façon claire. 

Il est souvent tentant de chercher à déguiser l'expression, par peur d'être ridicule, être jugé infantile, immature, rejeté, ou encore se sentir trop vulnérable… Ce sont tous des risques réels, des suites possibles à notre expression, donc des motifs plausibles pour continuer à nous renier devant les personnes auxquelles nous accordons le plus d'importance.

Même si tous ces risques existent, nous nous devons de les prendre si nous voulons évoluer (grandir, nous responsabiliser). Ce sont les mêmes risques que nous avons tenté d'éviter lorsque nous étions enfants devant nos parents et devant lesquels nous continuons de reculer dans notre vie adulte. En évitant ces risques nous restons comme un enfant incapable d'exprimer nos besoins, nos ressentis affectifs devant nos parents.

Nous devons nous respecter entièrement sinon nous nous privons de nos satisfactions, de notre liberté d'expression. Lorsque nous recevons une réponse à notre besoin exprimé nous pouvons jouir de la satisfaction qu'elle nous procure. Il est alors important de vivre ce plaisir et de l'exprimer a notre. Il faut noter que les diverses satisfactions viennent du fait que nous avons pris le risque, de nous exprimer, d'oser être ouvertement ce que nous sommes intérieurement. Ces satisfactions méritent d'être vécues pleinement, non seulement parce qu'elles sont agréables, mais aussi parce qu'elles rendent les prochaines expressions un peu plus faciles.

Toutefois il arrive aussi que d'autres émotions prennent place. Il peut s'agir par exemple de la tristesse. (Je te demande de me prendre dans tes bras et tu le fais, cela me ramène à mon enfance dans laquelle on ne me prenait pas dans les bras, alors je revoie les images de la petite fille qui se sentais mise à l'écart.)

Ou de la colère. (Pourquoi es parents ne me prenaient ils jamais dans leurs bras ?)

Ces émotions font partie de l'expérience. Il faut les accepter et leur accorder une place adéquate dans notre expression.

Il y aura aussi des gestes reçus comme des cadeaux, sans qu'on les demandes. Un compliment, un geste affectueux, une manifestation de reconnaissance. Si ce geste touche notre besoin, il est important d'exprimer notre satisfaction. IL faudra oser dire l'importance qu'ont ces gestes inattendues pour nous. Cette expression nous permet de faire un pas de plus dans notre démarche.

Une expression réussie permet à la fois d'assumer nos besoins affectifs importants, de devenir capable de les combler et de surmonter une grande quantité d'expériences inachevées.

Souvent le comportement transférentiel est constitué d'attitudes dont la cause principale est la frustration, nous adoptons alors des réactions d'attaques ou de défenses dans le but de nous "protéger". Résister au changement est inhérent à toute démarche de croissance.

Il est en effet difficile d'entreprendre de nouveaux comportements parce que cela demande qu'on se compromette, et qu'on ose se montrer vulnérable Ainsi nous avons tendance à nier, déguiser notre besoin, nous préférons attendre passivement ou avec agacement une prise en charge par l'autre. Il est important de rester vigilent.